le projet national Repp’Air

Repp’Air vise à affiner la compréhension des phénomènes impliqués dans les transferts de produits phytosanitaires vers l’air et intégrer cette question dans le conseil auprès des agriculteurs. Concrètement, le projet Repp’Air se traduit par la mise en oeuvre de campagnes de mesures de produits phytosanitaires dans l’air réalisées par les Associations Agréées de Surveillance de la Qualité de l’Air selon un protocole harmonisé. Ces mesures dans l’environnement d’activités agricoles variées (grandes cultures, arboriculture, viticulture, polyculture élevage, arboriculture) sont complétées par des enquêtes réalisées par les chambres d’agriculture auprès des agriculteurs proches des sites de mesure afin de recenser leurs pratiques de traitements. Le croisement de ces deux informations vise à définir les principales voies de transfert des pesticides dans l’air et in fine d’apporter des conseils aux professionnels pour limiter l’impact des traitements sur la qualité de l’air.

Ce projet multipartenarial qui fédère les organismes de surveillance de la qualité de l’air, les chambres régionales et départementales d’agriculture, des organismes de recherches, des lycées agricoles et des agriculteurs partenaires compte 8 sites d’études, répartis dans 7 régions françaises (cf. carte suivante). Le projet reçoit le support financier du Ministère de l’Agriculture de l’agroalimentaire et de la forêt.


En Loire-Atlantique Air Pays de la Loire a réalisé des mesures de produits phytosanitaires dans l’air au niveau du vignoble nantais. Le présent rapport est un document intermédiaire qui présente les résultats de mesures dans l’air à l’issue de la première année.

des mesures de produits phytosanitaires au lycée agricole de Briacé du 3 avril au 11 septembre 2017

Dans les Pays de la Loire, compte tenu de l’historique qualité de l’air sur ce type de culture, le choix s’est porté sur un site à dominante viticole. Le site de Briacé sur la commune du Landreau situé dans le vignoble nantais a été choisi, des mesures ayant déjà été réalisées en 2002 et 2004.

Des prélèvements hebdomadaires ont donc été effectués de façon continue du 3 avril au 11 septembre 2017, dans l’enceinte du lycée agricole de Briacé.


résultat 1 : 16 molécules retrouvées dans l’air

Sur les 36 recherchées, 16 molécules ont été retrouvées dans l’air. Nous retrouvons des produits spécifiques aux traitements des vignes avec une forte proportion du folpel qui représente plus de 60 % de la concentration totale. Ce fongicide est homologué en usage viticole pour la lutte contre le mildiou. Le chlorpyriphos méthyl (insecticide) et le chlorothalonil (autre fongicide) représentent chacun un pourcentage de 10 %. A contrario, les autres molécules représentent chacune une faible proportion de la concentration totale cumulée sur les 5 mois de mesures.

Contribution des différentes molécules retrouvées à la concentration totale


Des molécules non homologuées en viticulture (S-métalochlore herbicide de grandes cultures, chlorotalonil) ont également été mesurées à des concentrations inférieures à 2 ng/m3 indiquant un transport possible dans l’air de zones de traitement plus éloignées vers le site de mesure.

résultat 2 : une baisse des niveaux de folpel entre 2004 et 2017 et absence de chlorpyriphos éthyl en 2017

Par comparaison aux mesures réalisées en 2004, une baisse significative (facteur 5) des niveaux en folpel est constatée entre 2004 et 2017. Cette baisse n’est pas spécifique au vignoble nantais et a également été observée en région Centre-Val de Loire en lien avec une moindre utilisation de cette molécule.

Le chlorpyriphos éthyl qui avait été enregistré très fréquemment en 2004 n’a plus été retrouvé en 2017. Il n’est plus utilisé en viticulture et a été partiellement remplacé par le chlorpyriphos méthyl.

résultats : des niveaux variables selon les vignobles

L’étude des concentrations enregistrées dans les vignobles d’Alsace, des Charente et Touraine,
de Bourgueil et du Nantais montre :

  • la présence dans l’air de chlorphyriphos méthyl uniquement en Nantais et Charentes,
  • des niveaux en folpel sensiblement équivalents en Nantais et Charentes et plus élevés que ceux enregistrés en Alsace et Touraine. Les conditions plus humides rencontrées dans l’ouest de la France favorisent le développement de champignons et par conséquence l’utilisation de ce fongicide anti-mildiou.

résultats : une évolution temporelle en lien avec les périodes de traitement

Comme en 2004, nous constatons une bonne cohérence entre la présence de pesticides dans l’air et les périodes traitements ; les niveaux augmentant lors des périodes de traitement.

Évolution temporelle des concentrations en chlorpyriphos méthyl


conclusions et perspectives

En conclusion, les actions menées en Pays de Loire en 2017 dans le cadre du projet national Repp’Air ont permis d’initier une collaboration étroite entre Air Pays de la Loire et la chambre d’Agriculture des Pays de la Loire lors des différentes étapes du projet : sensibilisation des agriculteurs partenaires, choix des molécules à mesurer, interprétation des données de qualité de l’air en lien avec les pratiques culturales. La première séquence de mesure menée d’avril à septembre 2017 montre notamment :

  • une bonne cohérence entre présence de produits phytosanitaires dans l’air et périodes de traitement,
  • des niveaux en folpel en nette diminution par rapport à 2004 en lien avec la raréfaction des programmes « tout folpel » dans le vignoble nantais,
  • une absence de chlophyriphos éthyl dans l’air en 2017 liée à l’arrêt de son utilisation.

En 2018 puis 2019, dans le cadre du projet Repp’Air, les mesures seront poursuivies au lycée agricole de Briacé pour consolider les premiers résultats, affiner le lien avec les pratiques de traitement et engager les actions de sensibilisation auprès des agriculteurs participants.

Air Pays de la Loire participera également en 2018 à la campagne nationale de surveillance des pesticides dans l’air en zones habitées. Cette étude pilotée par le Ministère de la transition écologique et solidaire et l’ANSES vise à évaluer l'exposition moyenne de la population à cette pollution atmosphérique. À terme, ces travaux permettront de mieux évaluer l’exposition chronique de la population générale aux produits phytosanitaires présents dans l’air et les risques sanitaires associés.