22/05/2026
- Air extérieur
Air Pays de la Loire assure un suivi de la qualité de l’air au niveau des plus proches riverains de l’écocentre Ile Recycle, destiné au traitement et au réemploi des matériaux issus des chantiers de l’île de Nantes. Ce rapport présente le bilan de la première année de surveillance, depuis la mise en service de l’écocentre.
Il ressort que pour la majorité des polluants suivis, la qualité de l’air est caractéristique d’un environnement urbain de fond. Cependant, une influence locale sur les concentrations en particules PM10 a été observée, avec des dégradations ponctuelles et localisées, principalement liées aux phases de travaux d’aménagement du secteur. L’influence propre de l’écocentre apparaît limitée et difficile à isoler par rapport aux autres activités environnantes.
La surveillance des concentrations en particules se poursuit sur une année supplémentaire.
Contexte
Dans le cadre de la mise en service de l’écocentre Ile Recycle, destiné au traitement et au réemploi des matériaux issus des chantiers de l’île de Nantes, Air Pays de la Loire, sollicité par la SAMOA (Société d’Aménagement de la Métropole Ouest Atlantique) a assuré un suivi de la qualité de l’air pendant la première année d’exploitation du site, entre février 2025 et février 2026. Cette surveillance fait suite à un état initial réalisé début 2024, qui avait mis en évidence une qualité de l’air caractéristique d’un fond urbain, sans influence marquée de sources locales. L’objectif de ce suivi annuel est d’évaluer l’évolution des concentrations de polluants atmosphériques au niveau des riverains les plus proches de l’écocentre et d’identifier d’éventuelles influences liées aux activités du site et à l’environnement urbain en transformation.
Dispositif de mesure
Le dispositif de surveillance repose sur un site implanté le long du boulevard de l’Estuaire, à proximité immédiate des plus proches riverains de l’écocentre (situé à 100 mètres) et sous l’influence des vents dominants susceptibles de transporter ses émissions vers les zones habitées. Les mesures portent sur les polluants suivants :
- Dioxyde d’azote (NO₂), monoxyde de carbone (CO), particules PM10 et PM2.5, BTEX (benzène, toluène, éthylbenzène, xylènes) mesurés en continu.
- Métaux particulaires, BTEX (benzène, toluène, éthylbenzène, xylènes), naphtalène et trichloroéthylène, mesurés par des prélèvements sur filtres ou par des tubes à diffusion passive.
Les résultats sont comparés à ceux des stations de référence du réseau permanent (fond urbain – stations de Bouteillerie à Nantes et des Couëts à Bouguenais - et trafic – station Goncourt à Nantes), permettant de distinguer les évolutions locales des tendances générales à l’échelle de l’agglomération. Des mesures complémentaires par microcapteurs ont également permis d’analyser l’évolution des concentrations en particules à différents étages du bâtiment le plus proche du site de mesure.
Activités dans le secteur
La zone d’étude a été marquée par une activité soutenue tout au long de l’année de surveillance.
L’écocentre a fonctionné la quasi totalité des jours ouvrés, à l’exception d’une fermeture hivernale entre le 19 décembre 2025 et le 4 janvier 2026 inclus. Parallèlement, d’importants travaux d’aménagement urbain (parcs des Jardins de l’Estuaire, Jardins du Rail, futures lignes de tramway, zones de stockage de matériaux et bases de vie des chantiers) se sont déroulés à proximité immédiate du site de mesure. Ces activités, notamment les phases de terrassement, d’empierrement et de mise en place de réseaux, constituent des sources potentielles d’émissions de poussières, susceptibles d’influencer ponctuellement les concentrations en particules mesurées.
Conditions météorologiques
Les conditions météorologiques observées durant l’année de surveillance (données issues de la station météorologique Météo-France implantée à Bouguenais, au niveau de l’aéroport Nantes Atlantique) se situent globalement dans les tendances habituelles, avec toutefois certaines particularités : une fréquence plus élevée de vents de secteur sud est, des températures moyennes supérieures aux normales saisonnières et des périodes contrastées entre mois très secs (avril, juin, septembre) et mois plus pluvieux (août, janvier et février). Le site de Prairie au Duc s’est trouvé sous l’influence des vents en provenance de l’écocentre environ 40 % du temps et sous celle d’un cône élargi d’activités du secteur plus d’une fois sur deux, configuration favorable à l’observation de l’impact potentiel des émissions locales.
Résultats
Concentrations mesurées
Les concentrations mesurées pour la majorité des polluants atmosphériques suivis sur le site de Prairie au Duc (dioxyde d’azote, monoxyde de carbone, BTEX, métaux, naphtalène et trichloroéthylène) restent faibles, proches de celles observées sur les stations urbaines de l’agglomération nantaise (Bouteillerie et les Couëts) et inférieures à celles mesurées sur la station de trafic du boulevard des Frères Goncourt à Nantes.
Plus spécifiquement pour les métaux, une légère influence locale a été détectée par rapport à l’état initial, cependant les concentrations demeurent très faibles et sans enjeu localisé.
Les particules PM10 constituent le principal enjeu identifié. La concentration moyenne annuelle mesurée à Prairie au Duc (16 µg/m3) est supérieure à celles enregistrées sur les stations de Bouteillerie à Nantes (12 µg/m3) et des Couëts à Bouguenais (13 µg/m3). Surtout, le site présente des pics ponctuels de concentrations journalières et horaires nettement plus élevés, à ceux mesurés simultanément sur les autres stations du réseau.
Les épisodes de surconcentration marqués se caractérisent par :
- Une occurrence très majoritairement en heures ouvrées.
- Une concordance temporelle avec les phases de travaux d’aménagement du parc des Jardins de l’Estuaire les plus émissives (terrassement, empierrement, réseaux) menées à proximité immédiate du site de mesure.
- Des conditions météorologiques aggravant ces épisodes (période sèche, vents faibles).
Les épisodes de plus forte pollution ont ainsi été observés en juin et juillet 2025 avec une concentration journalière atteignant 80 µg/m3 et une concentration horaire atteignant 409 µg/m3.
La comparaison des résultats issus de la surveillance annuelle avec ceux issus de la campagne de mesure d’état initial confirme également une influence locale durant le suivi.
Pour les particules fines PM2.5, les niveaux restent comparables à ceux des stations de fond urbain (8,3 µg/m3 contre 7,7 µg/m3 à Bouteillerie et 8,9 µg/m3 aux Couëts à Bouguenais). Les surconcentrations en particules fines ont été moins fréquentes que celles constatées en particules PM10. L’influence locale sur les niveaux mesurés s’est limitée aux épisodes très marqués de pollution.
Comparaison aux valeurs de référence
Pour l’ensemble des polluants réglementés suivis (dioxyde d’azote, monoxyde de carbone, particules PM10 et PM2.5, métaux, benzène), les concentrations mesurées respectent les valeurs limites et objectifs de qualité fixées par la réglementation française. Néanmoins, le seuil d’information et de recommandation pour les particules PM10 fixé à 50 µg/m3 en moyenne journalière a été franchi à 4 reprises.
En revanche, plusieurs valeurs guides de l’Organisation Mondiale de la Santé OMS ne sont pas respectées :
- Pour le dioxyde d’azote (NO2), la valeur guide journalière de 25 µg/m3, recommandée à ne pas dépasser plus de 3 à 4 jours par an, est franchie 6 jours sur l’année. Cette situation est également observée sur les stations des Couëts à Bouguenais et Goncourt à Nantes (trafic).
- Pour les particules PM10, la valeur guide OMS en moyenne annuelle (15 µg/m³) est légèrement dépassée (16 µg/m3), ainsi que la valeur journalière recommandée (45 µg/m3 à ne pas dépasser 3-4 jours par an) avec 4 jours de dépassement. Ces dépassements sont spécifiques au niveau du site de Prairie au Duc et ne sont pas constatés sur les stations de Bouteillerie et des Couëts.
- Pour les particules fines PM2.5, les dépassements sont plus marqués, tant pour la moyenne annuelle (8 µg/m3 mesurés pour une recommandation OMS de 5 µg/m3) que pour la valeur journalière de 15 µg/m3, dépassée 28 jours sur l’année contre 3-4 jours recommandés. Ces dépassements ne sont pas spécifiques au secteur de Prairie au Duc et s’inscrivent dans un contexte plus large de pollution de fond, observé sur l’ensemble du réseau de surveillance régional.
Le tableau suivant synthétise la situation des niveaux mesurés par rapport aux valeurs de référence.
Conclusion et perspectives
Cette première année de surveillance met en évidence une qualité de l’air globalement conforme à la réglementation et cohérente avec un environnement urbain de fond pour la majorité des polluants. Les impacts les plus notables concernent les particules PM10, avec des dégradations ponctuelles et localisées, principalement liées aux phases de travaux d’aménagement du secteur. L’influence propre de l’écocentre apparaît limitée et difficile à isoler par rapport aux autres activités environnantes.
En conséquence, la surveillance des concentrations en particules se poursuit sur une année supplémentaire.